interview florence beuken

Echange avec Florence Beuken, thérapeute familiale, spécialiste dans le burn-out familial

Aujourd’hui j’ai eu le plaisir d’échanger avec Florence Beuken.
Thérapeute familiale, psychopraticienne, et spécialiste du burnout familial, nous avons échangé via Facebook Messenger durant une demi-heure.
Demi-heure riche et passionnante, où Florence Beuken nous parle de la difficulté d’être parent, du risque de rester isolé, de trouver l’équilibre entre vie perso et vie pro.

Qui est Florence Beuken ?

Présenter Florence Beuken comme thérapeute familiale ne serait qu’effleurer toutes ses compétences, et formations acquises.
Passant de l’art-thérapie, la musico-thérapie, la PNL, la gestion des émotions, en allant vers la résilience des familles et les approches éducatives bienveillantes, Florence Beuken a tous les atouts pour aider les familles dans toutes les étapes de leur vie !

Curieuse et souhaitant toujours s’améliorer, elle a testé et éprouvé une méthode originale pour aider les personnes à mieux gérer leur colère : utiliser la musique métal dans ses traitements, notamment auprès des enfants.

Très impliquée pour aider les familles, Florence Beuken apporte aussi toute son aide dans le burnout parental :
Aider les parents pour mieux gérer ce qu’ils sont, ce qu’ils font, pour se sentir moins voire plus débordés.

Et c’est ici, que débute notre interview, bonne lecture !

L’interview

Evan

Bonjour Florence, je te disais être très intéressé par un domaine qui te touche particulièrement : le burnout parental.
Comme tu le sais, je tiens un blog sur la double-vie que mène un parent quand il est entrepreneur.

Je pense qu’être parent et entrepreneur multiplie les risques de faire un burn-out.
Qu’en penses-tu ?

Florence

Alors je dirais que oui et non.

Tout dépend de comment on a cette possibilité de gérer l’équilibre pro-perso ,comme pour n’importe quel statut, de toute façon.
Les “critères” d’un métier à burn out, c’est :
Donc le métier de parent, en lui-même, est très “à risque”.
Si tu bosses de chez toi, en ayant les enfants avec toi, oui c’est à risque.
Parce que travaillant seul-e, tu augmentes les responsabilités et diminues peut-être les intéractions qui pourraient être valorisantes.
Et les enfants interrompent probablement régulièrement.
Donc dans ces cas c’est important de pouvoir, à des moments, respirer.

Evan

Oui, et ces moments sont difficiles à trouver j’ai l’impression, pour beaucoup de parents, n’est-ce pas ?

Florence

Oui c’est un gros problème.
Les parents n’ont pas le temps, et ils culpabilisent vite.
Nous les parents, croyons que nous devons être là à 100% pour nos enfants. Ce qui n’est pas totalement vrai, pas en présence physique.
Il est essentiel d’avoir des moments à soi. Seul-e, en couple, avec des amis…
C’est plus que bien, il le faut. Et c’est bon pour l’enfant aussi.

Evan

Oui, tout à fait, c’est là le problème : réussir à se dire qu’être sans son enfant, par moment, c’est bien aussi. Et réussir à ne pas (trop) culpabiliser en laissant son enfant chez la nourrice, chez la famille.
Et pourtant, bien que je le sache maintenant, j’ai vécu exactement ça quand mon enfant est venu au monde.
J’ai alors eu une période où je ne pensais à rien d’autre que mon enfant, je voulais être tout le temps présent.
Mon entreprise ne l’a pas ressenti, car j’avais des salariés, mais ça a été dur tout de même pour eux, pour bien s’organiser durant mon absence.
Ma femme, elle, l’a très mal vécu : elle s’est surprise même à ne pas réussir à partir, à sortir de la pièce où était notre enfant.
Elle ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait, surtout durant le premier mois de vie de notre enfant.
Impossible alors pour elle de sortir la tête de l’eau, de souffler un peu.

Florence

Oui ça arrive plus souvent pour les mamans.
Les papas, la plupart du temps, trouvent plus facilement leur équilibre.
Ce qui, du coup, peut être frustrant, parce que cet équilibre, dans le couple, ils ne le retrouvent pas aussi rapidement.

Evan

Tu sais pourquoi c’est plus fréquemment les mamans ?

Florence

Je n’ai pas de réponse toute faite, juste des hypothèses :
  • Il y a le bouleversement hormonal qui joue
  • Puis tout une explication culturelle.

Cela reste quand même, dans l’inconscient collectif, la mère qui s’occupe des enfants en priorité.

La mère est encore vue aujourd’hui comme celle qui “s’en sort le mieux”, et celle, du coup, pour qui les choses sont socialement organisées pour lui donner cette place.

Le congé paternel est très court, le salaire des hommes est plus élevé. Ce qui fait que ce seront plus les femmes qui laisseront tomber leur travail pour s’occuper des enfants.

Enfin, je pense que les tâches “éducatives” sont encore aujourd’hui pour les femmes. Ça tourne autour du 65% des femmes.

Evan

Ça dépend des couples ça, non ?

Florence

Bien sûr, et heureusement, c’est en train de changer (mais (trop) doucement).

Les chiffres sont toujours une moyenne. Mais une moyenne malheureusement éloquente.

Evan

C’est éloquent en effet. Et pourtant, tu vois, même si je veux faire ma part du contrat (N.D. : continuant dans l’idée que nous sommes associés ma conjointe et moi), ma conjointe a tendance à vouloir mieux faire ou tout faire à ma place :
  • Car elle pense que c’est à elle de le faire (inconsciemment)
  • Elle m’explique que c’est parce que j’ai trop de travail et qu’elle veut m’aider ou que je le ferai pas à temps (alors que je lui dis que nous pouvons réellement répartir les tâches de la maison)

Attention, je ne lui en veux pas, je pense que souvent c’est inconscient ce genre de réaction, n’est-ce pas ?

Florence

Oui, c’est un problème fréquent.
Même en pensant que c’est important de partager les tâches, de manière égale, et bien, les femmes continuent de considérer que c’est plus normal que, elles, fassent telle ou telle chose (ou aient l’impression de mieux faire etc).

Chacun, dans le couple, a sa part de responsabilité.

Evan

Et ça n’aide pas à soulager cette impression de devoir tout faire pour la femme, je trouve.
Tiens, d’ailleurs, as-tu connu des hommes qui ont eu un burn-out parental ?

Florence

Oui, j’en ai connu. Tant dans mon entourage que dans les consultations.
Par contre, je dirais que ça passe plus souvent inaperçu.
Chez l’homme, le burn-out parental ne s’exprime pas de la même façon que chez la femme
Souvent, les hommes ont la bonne impulsion : ils sortent du climat qui les étouffe et les épuise.
Du coup ça donne des hommes qui s’impliquent à fond dans leur boulot, qui sortent beaucoup avec leurs potes ou ont une aventure.
(Je caricature un peu, mais au final c’est un peu ça)
Ce qui (à part pour l’aventure) est une bonne idée, parce que c’est important de sortir le nez de sa parentalité parfois, de prendre une bouffée d’oxygène.
Mais si c’est à l’excès, et parce qu’il y a un mal-être, c’est moins bien et n’est plus une solution, ou en tout cas plus un équilibrage.

Evan

Un bon point de réflexion que tu m’amènes, merci.
Je vois, oui, toujours cette notion de l’équilibrage.

Florence

Oui

Evan

Mais tout-e seul-e, tu penses qu’une femme ou un homme peut y arriver le plus souvent, sans aide extérieur (psy, coach, amis, …)?

Florence

Non, je ne pense pas.
Parce que personne ne l’a jamais pu.
Avant (il y a plusieurs 10aines d’années), les parents étaient très entourés : la famille était là, les voisins co-éduquaient, puis on avait déjà vu comment ça se passait (avec les familles nombreuses, la famille très présente, on avait déjà vu un aîné, une cousine s’occuper de ses enfants).
Maintenant on est un peu plus seul face à une réalité dont on n’a pas conscience avant de la vivre.
Et si un voisin intervient sur notre enfant, la plupart du temps, on le prend très mal.
D
onc on est seul.
On croit qu’être parent, c’est beau, c’est magnifique, c’est facile, c’est l’amour. Alors que non, c’est super dur, parfois agaçant, éreintant.
En plus, on imagine que les autres parents s’en sortent bien, on se sent alors nul-le.
Et comme on se sent nul-le, on n’en parle pas.
Heureusement, les choses changent, on commence à en parler, mais ça reste difficile.
On est dans une culture hyper perfectionniste aussi, où on nous donne l’impression qu’on doit tout réussir parfaitement, et le réussir seul-e c’est encore mieux.
Les parents sont très isolés en fait.

Evan

Je remarque aussi qu’on est isolé, mais c’est souvent nous qui nous nous isolons en fait, inconsciemment, non ?

Florence

Oui, voilà. Mais c’est vraiment inconsciemment.

Evan

Car en fait les aides existent. Mais on peut y arriver seul-e, tout de même non ?

Florence

Alors quand tu me demandes si on peut y arriver seul. Je dirais que non.
Mais ce n’est pas un aveu de faiblesse. Et ça ne signifie pas non plus qu’on doit tous aller chez le psy.
Il y a plein d’autres moyens de ne pas être seuls  : les blogs ,etc, c’est aussi une façon de faire baisser la pression qu’on se met.

Evan

Ce qui est étrange c’est que souvent ce premier pas (sortir de son isolement) ne se fait pas tout le temps dès les premiers jours de la naissance (voire même avant).
(je me souvient mon insouciance avant la naissance de mon enfant …)

Florence

Bien sûr, mais rien ne nous prépare à ça.
Nos grands-mères, on leur disait “tu enfanteras dans la douleur”. Alors on peut se dire que c’est cruel. Mais c’est vrai, donc elles y sont préparées.
Et la grossesse, la parentalité, on donne l’impression que c’est merveilleux. C’est un acte d’amour, l’accomplissement d’un couple…
On ne nous dit pas, avant que l’enfant naisse, qu’en fait c’est vachement merdique aussi parfois.
J’ai des patients qui me disent avec culpabilité “je l’aime hein, mais peut-être que si j’avais su je n’aurais pas eu d’enfant“.
Il y a aussi énormément de couples qui se séparent dans les premiers mois suivant la naissance du premier.
Parce que l’acte d’amour (l’enfant), ils ne les laissent plus dormir (caricature encore, mais presque) …

Evan

Oui, je vois bien, c’est une vraie souffrance les premiers mois du premier enfant.

Florence

Oui, mais ça reste tabou, pourtant.
Mais 20% des jeunes couples se séparent. C’est énorme !
Un de mes profs disait qu’on n’informait pas suffisamment sur “ce qu’est un enfant”, même au lycée.
Et que ça éviterait probablement beaucoup de divorces si il y avait une éducation à cela.

Evan

Florence, je te remercie pour cette interview.

Florence

Avec grand plaisir, au plaisir d’échanger autour d’une vidéo.
D’ailleurs, je vais bientôt mettre en ligne un programme d’accompagnement pour les parents.
Alors, suivez-moi et restons connectés.

Je remercie très chaleureusement Florence Beuken pour cette interview, passionnante et très enrichissante !
Et vous, avez-vous vécu ou connu quelqu’un qui a fait un burnout parental ?
Savez-vous qu’en gérant mieux son temps déjà, on peut se sentir moins surchargé, et alléger un peu le risque du burnout ?
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2 commentaires sur “Echange avec Florence Beuken, thérapeute familiale, spécialiste dans le burn-out familial

  1. Superbe Interview, merci Evan et Florence.
    C’est vrai que l’arrivée d’un enfant est un véritable bouleversement à tous les niveaux. Pour ma part avec un deuxième enfant de tout juste un an, je suis encore épuisée. On a en effet tendance à culpabiliser car avoir un enfant est merveilleux du coup on cache nos coups de blues. Le manque de sommeil est une chose délicate à gérer … Pour ne pas sombrer dès la rentrée, je m’offre des temps de pauses : des massages, un WE avec mon homme ou une amie de temps en temps,… et même un temps de parole avec une psy!

    1. Bonjour Sonia,

      Je te remercie pour ton commentaire 🙂

      Deux enfants, ça doit être un nouveau bouleversement ! Avec le sommeil qui devient une option, c’est dur de bien gérer ses émotions et être sûr de soi dans ce que l’on fait tous les jours, tant comme parent qu’en tant qu’entrepreneur-e.

      De bonnes idées de pensées à ces moments de pause, et surtout réussir à le faire : bravo ! 🙂
      Quel est ton secret ?

      A très vite
      Evan

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