J’ai interviewé Agnès Dutheil, des ateliers du positif

Etre entrepreneur, et être bienveillant, est-ce possible ? Comment conjuguer travail et volonté d’être présent-e avec ses enfants ? La pression nous empêche-t-elle d’être les parents que l’on souhaiterait. Voici quelques-unes des questions que j’avais hâte de poser à Agnès Dutheil, des ateliers du positif.

Le stress qui monte

Plus le jour du rendez-vous arrivait, plus le stress montait.
Pas le stress des mauvais jours, non un stress intéressant, qui me motivait.

J’avais commencé, plusieurs mois plus tôt le livre d’Agnès Dutheil, La psychologie positive avec les enfants.
J’y avais trouvé tellement de liens avec l’entreprise (avoir une charte commune en famille, poser des règles).

En fait, plus le jour de l’interview se rapprochait, plus je craignais d’être confus : j’avais tellement de questions à lui poser !

Un lieu calme, qui invite à la méditation, à l’échange

A peine arrivé chez Agnès Dutheil, j’ai été accueilli par des parfums inhabituels pour une maison, enfin pour les maisons que je fréquente habituellement.

Une odeur a retenu toute mon attention : le bois, ou plutôt le sapin ou le pin.
Je me croyais dans un Sauna. Quel agréable plaisir !

Le stress commençait déjà à diminuer.
Discuter devant une belle cheminée n’a fait que continuer à me mettre à l’aise !

Première réponse – Avoir une entreprise, à la base, ce n’est pas bienveillant

Ma première question allait amorcer plus d’une heure d’échanges passionnant.

Comment un-e entrepreneur-e peut-il être bienveillant-e avec ses enfants ?
Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir la réponse d’Agnès Dutheil :

A la base, avoir une entreprise, ce n’est pas bienveillant pour ses enfants

Prioriser son entreprise

Par moment, pas le choix, c’est l’entreprise qui passe en premier.
Or, nos enfants, que veulent-ils ? Ils souhaitent que nous soyons présents.

La bienveillance, c’est avant tout penser au bien de nos enfants.
Et que veulent nos enfants : pouvoir être la priorité pour nous.

C’est donc assez contradictoire avec une partie de la bienveillance.

Devoir travailler tous les jours

Avoir une entreprise, c’est tout le temps, tous les jours. Enfin, à la base, c’est vers là que l’on va.
Avoir des week-end, du repos, est-ce possible ?

En plus d’être la priorité, avoir une entreprise nous prend du temps, et nous oblige bien des fois à travailler le week-end par exemple.
Encore une contradiction avec les attentes des enfants.

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travail entreprise prend du temps

Une pression importante

Vouloir appliquer la parentalité positive, alors que l’on a une entreprise, c’est une sacré pression que l’on se met en plus de son activité.

Plutôt que chercher à tout appliquer d’un seul coup et se mettre une pression supplémentaire, il peut être intéressant, selon Agnès Dutheil, de chercher à appliquer petit à petit, pas à pas des principes de bases qui aideront toute famille, tout parent, qu’il soit ou non entrepreneur.

Apprendre, et commettre des erreurs

Alors c’est sûr, comme tout apprentissage, les débuts demandent beaucoup d’énergie.
Les premiers essais sont souvent patauds, avec des erreurs, de nombreuses erreurs.

Et c’est comme ça que l’on apprend ! Montrons l’exemple à nos enfants.
Même dans la nouvelle éducation que l’on apprend, pour nos enfants, on peut se tromper.
L’essentiel ici, c’est de s’améliorer.

Penser investissement

Apprendre et appliquer une nouvelle méthodologie requiert du temps.

Ici, avec la psychologie positive, la parentalité consciente ou positive, il est conseillé d’échanger avec ses enfants, de chercher à expliquer plutôt que donner des ordres, comme un chef le ferait dans une entreprise Top Down.

Alors oui, cela prend du temps. Plus de temps que de donner un ordre c’est sûr.
Et à court terme, le principe TopDown peut gagner … à court terme.

A long terme, lorsque vos enfants échangent mieux avec vous, parlent, vous écoutent.
En somme, par la suite, avec le temps, vous allez gagner du temps !

Retour sur investissement

Cela ne vous dit rien ?
Lorsque vous avez prévu d’acheter un logiciel, ou une machine, même si le coût est important, ce que vous allez chercher le ROI, n’est-ce pas ?
En somme, vous êtes prêts à dépenser plus pour avoir plus, voire bien plus, par la suite.

La psychologie positive, c’est exactement la même chose : “perdre” un peu plus de temps, pour en gagner par la suite.

Comment réussir à avoir une famille qui s’écoute?

Durant notre échange, Agnès Dutheil m’a donné deux astuces, que l’on retrouve également dans son livre.
Ces astuces s’inspirent de principes vus en entreprise.

La mission de famille

Que ce soit lors de l’interview, ou bien dans son livre, Agnès Dutheil préconise de mettre en place notre mission de famille, tout comme en entreprise on cherche la vision, les valeurs, …

Grâce à une méthode se basant sur les cartes heuristiques, on va préciser de plus en plus les valeurs de la famille : ce pourquoi nous sommes une famille.

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Agnès Dutheil m’a conseillé que toute la famille signe la mission de famille.
Tout comme une charte d’entreprise que vous auriez mise en place, où chacun de vos salariés va s’engager moralement, chaque membre de la famille va aussi s’impliquer moralement en signant la mission de famille.

Le conseil de famille

Tout comme la mission de famille cadre les attentes morales, les valeurs de votre famille, nous pouvons aussi chercher à cadrer les échanges familiaux.

Dans les entreprises agiles, à chaque fin d’itération (ce sont des blocs de temps d’une à trois semaines), chaque équipe se retrouve pour un sprint review : en somme, un conseil d’équipe. Chaque membre de l’équipe échange avec les autres pour :

  • analyse ce qui a été bien fait, pour le reproduire
  • échanger sur les erreurs, ou les problèmes pour chercher à les améliorer
  • planifier la prochaine itération

Ces principes, Agnès Dutheil me les a conseillés pour la famille : elle appelle cela le Conseil de famille.
Il a le même but que le sprint review : enclencher une obligation de communication dans la famille.

Le cadre est alors là pour aider toute la famille.
Toutes les semaines, les deux semaines (tout dépend de vos habitudes, et de votre rythme), le vendredi, le dimanche soir, vous vous retrouvez tous ensemble pour échanger, durant le conseil de famille.

famille heureuse qui communique

Que faire avec tout le poids du travail ?

Même avec la meilleure des volontés, la mise en pratique de la psychologie positive peut être difficile par moment.

Comment alors profiter réussir à la mettre en place et ne pas subir tout le poids du travail, de son entreprise.

La congruence

Que se passe-t-il lorsque d’un côté vous demandez à vos enfants de ne pas être devant leur téléphone, et que vous, de votre côté, vous vous défendez de devoir toujours être connecté-e (pour votre entreprise, vous justifiez-vous) ?

Pour bien se faire écouter, pour une bonne entente dans la famille respecter le second pilier de la confiance est essentiel : Intégrité.
Être congruent-e est pour Agnès Dutheil un point clef d’une bonne éducation.

Au lieu de dire : toi enfant, tu dois m’obéir, moi le parent, j’ai tous les droits; on peut arriver à être positif-veo, montrer l’exemple, sans se mettre la pression, et alors nos demandes passeront mieux, plus facilement.

La méthode PoDéRe

Enfin, souvent, le soir, on arrive, on embraye direct après le travail, par :

  • aller chercher les enfants
  • les aider à manger
  • les aider à aller se coucher (brossage des dents, lecture, …)
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Aucun temps n’est pour nous, nous n’avons pas pu relâcher la pression : c’est l’effet Tête dans le guidon.
Que se passe-t-il alors lorsqu’un de nos enfants ne veut pas écouter ?

La pression retombe sur nos enfants, et c’est souvent avec cris et pleurs, qu’on se retrouve quelques minutes plus tard.

Agnès Dutheil m’a présenté, durant l’interview une méthode que j’ai résumée en trois lettre : PDR, ou PoDéRe.

Je me Pose

Avant de chercher ses enfants, par exemple dans la voiture avant de prendre les enfants au périscolaire, vous vous poser.
2 minutes, 5 minutes.

Vous soufflez un peu, ça fait du bien. Un bon moyen de se recentrer.

Je Dépose

Vous avez encore un peu plus de temps. Cherchez alors à déposer tout votre ressenti.
Utiliser la pleine conscience, méditer, tout ce qui est bon se décharger de son travail, des lourdes pensées de la journée.

Agnès Dutheil me parlait par exemple d’un papa entrepreneur qui mimait déposer tout son travail sur l’arbre devant chez lui avant de rentrer dans sa maison (ou comme l’idée que je vous proposait de déposer son costume en rentrant chez soi)

Je me Repose

Et si vous avez encore un peu plus de temps, cherchez alors à vous reposer réellement.
Une balade de quelques minutes, un petit somme.
Un moment à vous.

Bien que cette étape soit plus optionnelle que les deux premières, arriver jusqu’au repos aide vraiment à accueillir au mieux nos enfants pour bien profiter d’eux le soir, le mercredi après-midi, …

En conclusion

Je remercie sincèrement et chaleureusement Agnès Dutheil pour m’avoir accueilli chez elle pour cette interview.

Malgré une période bien chargée pour elle, Agnès Dutheil m’a accordé plus d’une heure d’échanges, c’est un vrai cadeau.

Oui il est possible d’appliquer la psychologie positive avec nos enfants, même si on a une entreprise.
C’est un vrai investissement que l’on fait pour nos enfants, pour nous, pour notre famille.


 

Comment ça se passe chez vous, avec votre entreprise, et vos enfants ? Vous arrivez à prendre du temps pour être avec vos enfants ?

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